stage

On parle souvent des entrepreneurs francais installes a Singapour, la "Silicon Valley de l'Asie du Sud-Est". Ils sont jeunes, ils ont la niaque... et ils ont le vent en poupe : Flocations, la boite de Florian Cornu, et Foxysales, lancee par Alexia Sichere et Maelle Ternot viennent d'ailleurs d'etre reconnues comme deux des 20 Startups to watch in 2014 par la Singapore Business Review.

On parle par contre beaucoup moins de ceux et celles qui entreprennent dans un domaine moins "business" mais pourtant tellement francais, celui de la culture*. A la cle pas d'IPO mais le plaisir de partager avec les autres une passion, des coups de coeur... La musique pour certains, le spectacle vivant pour d'autres...

C'est en partie grace a eux qu'on a la chance de beneficier d'une vie culturelle de plus en plus riche et diverse a Singapour (bein ouais vivre en Asie c'est pas pire que la province, culturellement parlant, Elodie :) ).

En mars dernier, entre la piece de Sing'theatre A Singaporean in Paris, celle de French Stage Le Carton, le concert des Brigittes puis celui de Matthieu Chedid a quelques jours d'intervalles, la communaute francaise -- equivalente a une ville comme Valbonne ou Gaillac -- etait bien occupee !**


Les dessous de l'envers du decor

Derriere cette incroyable vitalite se cachent pas mal de challenges. Non des moindres, celui d'atteindre un equilibre financier (on ne parle meme pas de faire des benefices !) qui permettra surtout aux organisateurs de ne pas perdre d'argent et de financer de nouveaux spectacles.

Emilie Borrel qui bosse actuellement sur la mise en scene des Liaisons Dangereuses, la prochaine piece de French Stage, me disait quand j'ai voulu savoir s'il etait possible de vivre de sa passion pour les arts vivants a Singapour il y a quelques mois que: "L'industrie du spectacle est economiquement tres ingrate. Le modele et la rentabilite financiere sont tres tendus."

Etre soutenu par des sponsors peut aider, mais au final, comme dans les emissions de tele-realite, c'est le fameux "vote du public" qui sera decisif du succes economique d'un projet. D'ou la problematique du prix des tickets. Trop cher il peut dissuader les spectateurs et pas assez, c'est l'equilibre financier qui peut s'en ressentir.

Selon Marie de Figure8 Agency***, la boite de booking et consulting qu'elle a créée avec une amie pour egalemment organiser des concerts indés -- dont celui de M à l'occasion de sa tournée en Asie : "On est obligées de prendre en compte tous les frais liés à l’organisation pour définir le prix d’un ticket : trouver une salle ayant une jauge correspondant au projet (ici les salles sont souvent soit petites soit énormes), y ajouter la technique, les frais de ticketing et logistiques liés à l’artiste, son voyage et son hébergement, etc."

Le gros souci des organisateurs et producteurs francais c'est donc de remplir les salles. Un travail difficile pour plusieurs raisons : une population heterogene qui bouge beaucoup (pas facile de construire une relation a long terme ou d'avoir une database a jour), des vecteurs de communication chers et pas forcement super efficaces (pubs dans Expat Living magazine, sur le site Sistic, etc...)... Finalement ce qui marche bien dans la communaute francaise connectee c'est le bouche a oreille et les reseaux sociaux. 


Allier passion et raison

Evidemment toutes ces contraintes ont un impact sur le choix des spectacles presentes. Les projets doivent etre commercialement viables.

Partager la culture francaise avec les habitants de Singapour, creer des spectacles franco-singapouriens c'est l'aventure dans laquelle s'est lancee avec succes Nathalie Ribette la fondatrice et directrice artistique de Sing'theatre. En quelques annees elle a reussi a monter plusieurs spectacles dont les originaux et immanquables A Singaporean in Paris et  A French Kiss in Paris.  Elle admet pourtant que c'est un vrai casse-tete que de trouver le materiel ideal pour monter de nouveaux spectacles : "Il faut que ca plaise aux singapouriens car c'est le gros de notre public, il ne faut pas que ca parle de themes tabous, il faut qu'il existe une traduction anglaise quand on puise dans des textes ou des chansons existantes pour creer nos spectacles...".

En faisant venir a Singapour Moliere et Moi, la piece de Jean-Vincent Brisa, Nathalie prend donc un vrai risque. Celui de proposer un spectacle coup-de-coeur a un public plus restreint que son public habituel, la piece etant jouee uniquement en francais. Mais, tombee amoureuse de la piece qu'elle a vu au Festival Off d'Avignon elle s'est donnee pour mission d'amener aux francophones et francophiles -- dont ce public un peu delaisse que sont les collegiens et lyceens qui etudient Moliere a l'etranger et qui n'ont pas la chance de le voir en live -- notre Shakespeare a nous**** a Singapour.

Pas besoin de te dire (mais je le dis quand meme !) qu'une telle initative merite d'etre soutenue :)

 

Infos pratiques :

Moliere et Moi ca se passe du 10 au 12 avril a l'Alliance Francaise, tickets chez Sistic ou sur place. Lire l'excellent billet de DesperateExpat pour en savoir plus sur ce spectacle.

Le moyen le plus simple de se tenir au courant de la programmation musicale de Figure8 Agency, c'est de liker leur page Facebook.

Les Liaisons Dangereuses, adapté de l’oeuvre de Pierre Choderlos de Laclos  ca sera les 28, 29, 30 et 31 mai 2014 a l'Alliance Francaise. Tickets sur le site de French Stage.

 

* Exception culturelle, anyone? Pour plus d'infos sur le poids de la culture dans le PIB francais lire cette passionnante etude : Panorama des industries culturelles et creative : Au coeur du rayonnement et de la competitivite de la France ou le fameux rapport commun au ministere de la Culture et au ministere de l'Economie.

** Clapton, Bruno Mars et les Stones etaient aussi de passage !

*** Le but de Figure8 Agency c'est "de faire découvrir des productions intéressantes au public de Singapour ainsi que d’investir sur des artistes d’Asie du Sud-Est, d’éduquer les gens à reconnaître la valeur de la production régionale. Figure8 Agency est un projet à côté de nos day-jobs, et on le fait pour le fun, en espérant pouvoir s’y consacrer à 100% un jour !"

**** A quand un Moliere in the Park a la Shakespeare in the Park ?

Credit photos : Sing'theatre et Wikipedia