AnthonyChen

Avant la sortie imminente* sur les écrans d’Ilo Ilo le film singapourien qui a reçu la Caméra d’Or au Festival de Cannes en mai dernier ça vous dirait de découvrir les courts métrages d’Anthony Chen, son réalisateur ?

J’ai eu la chance d’assister à une projection chronologique de ses huit courts lors de Singapore Short Cuts -- le festival dédié aux courts métrages locaux à la Cinémathèque du National Museum of Singapore -- suivie d’une session de questions-réponses avec Anthony Chen lui-même. Une très chouette occasion de découvrir ce jeune metteur en scène modeste et généreux qui a pris le temps de répondre aux nombreuses questions du public.

J’ai été personnellement touchée par la passion dont il a fait preuve quand il parlait du Septième Art, de son intégrité artistique et de sa persévérance. Dans un pays où la réussite matérielle semble parfois être le seul but existentiel, Anthony Chen fait un peu figure d’alien (il a raconte comment à certaines périodes de sa vie il était tellement fauché que personne n’osait l’inviter boire un verre et qu’il toppait son eZlink à coup de 10$).

Bref son prix Cannois est une belle revanche !

Qui est Anthony Chen?

Né en 1984 à Singapour, Anthony Chen commence ses études cinématographiques à 17 ans à la Ngee Ann Polytechnic’s School of Film & Media Studies. Il part ensuite à Londres continuer ses études à la National Film and Television School.  

Ses courts métrages ont été présentés très vite dans de nombreux festivals prestigieux qui sont séduits par son style minimaliste et son souci de vérité. Le Festival de Cannes reconnait d’ailleurs son talent prometteur et le consacre dés 2007, avec une mention spéciale pour Ah Ma.

Pendant la session de questions-réponses il a expliqué détester l’improvisation et que le simple fait de changer une ligne de dialogue le rendait malade... Pour Ilo Ilo il a raconté avoir été ravi de travailler avec Benoît Soler un directeur de la photographie français qui a su éviter les clichés sur l’Asie que de nombreux occidentaux ont tendance à avoir (citant notamment Nicolas Winding Refn et son Only God Forgives qui était également en compétition à Cannes cette année et qui propose une version sur-stylisée de Bangkok).

Ses courts métrages

Ses courts métrages laissent clairement apparaitre des sujets de prédilection et sa fascination pour les rapports humains. De son propre aveu il évite les grosses ficelles (qu’il déteste) et leur préfère la subtilité, peignant sur le grand écran des tableaux intimistes, à petites touches... comme un peintre le ferait sur sa toile.

G-23 (2004 / 23 min)
Premier court et projet de fin d'étude, G-23, réalisé à 19 ans seulement, montre clairement le potentiel artsy d’Anthony Chen... même si aujourd’hui son auteur admet avoir du mal à le regarder (ah les oeuvres de jeunesse !).

G-23 raconte les histoires de trois personnages qui fréquentent tous le même cinema de quartier. Ce court fut sélectionné dans de nombreux festival internationaux, dont déjà Cannes, dans la catégorie Tous Les Cinémas du Monde.

G23

Ah Ma (2007 / 14:35 min)

Une grand-mère en fin de vie sur son lit d'hôpital et l'effet que cette situation a sur sa famille. Un court autobiographique qui concourt pour la Palme d'Or du court métrage au Festival de Cannes en 2007 et obtient une mention spéciale, devenant ainsi le premier film de Singapour à remporter un prix à Cannes.



Haze (2008 / 15 min)

C’est marrant de voir ce film apres l’episode “haze” de juin dernier... Le pitch? Deux ados sèchent l'école et décident de s’occuper autrement si tu vois ce que je veux dire. Pas trouvé le film dans son intégralité (surement à cause de la c*nsure :) ) mais tu peux voir un petit extrait pour avoir une idée de l’ambiance :



Hotel 66 (2009 / 15 min)
Changement radical d’ambiance. C’est le premier film réalisé par Anthony Chen à Londres pendant ses études à la National Film and Television School. J’ai beaucoup aimé cette petite histoire entre un gigolo et une gardienne d'hôtel sur fond de coupe du monde de football. Un film très esthétique (on pense forcément à Wong Kar Wai) très contrôlé grâce à des conditions de tournage totalement maîtrisées (en studio et avec accès à tous les corps de métier de l'école ce qui fait que tous les décors ont été fait exprès pour le film).

Un petit extrait :



Lighthouse (2010 / 23 min)
Deuxième film de sa “période Londonienne”, Lighthouse est le premier film réalisé en anglais avec des acteurs anglais. Il raconte l’histoire d’une mère qui part avec ses enfants à la suite d’une rupture. Un très beau petit film, plein d'émotions. Anthony Chen nous a raconte que pour la première fois il quittait vraiment sa zone de confort et que son challenge était de faire un film qui ne puisse pas être vu comme le film d’un asiatique. Du cotés de la palette des couleurs utilisées par exemple il voulait des couleurs “anglaises”. Dans les scenes de paysage de campagne (très belles btw) il s’est assuré qu’il n’y ait pas le moindre vert-tropical-couleur-de-palmier qui selon lui sont typiques à Singapour...


Seulement un petit extrait disponible online malheureusement :



The reunion dinner (2011 / 15 min)

Film de commande des autorités singapouriennes c’est sans doute celui qui a le moins la patte d’Anthony Chen même si ses thèmes de prédilection y sont très fortement représentés (la famille, les relations humaines, le coté nostalgique, etc...). On s’approche un peu trop dangereusement des grosses ficelles à mon gout. Plus du feel good que de la douce amertume à laquelle on s'était habitué...



Karung Guni (2012 / 12 min)

J’ai beaucoup aime ce très court métrage construit autour d’une rencontre improbable et qui met en avant des problèmes de société propres à Singapour (travailleurs étrangers, racisme ordinaire, etc...). Une ambiance un peu road movie sur les routes du “vrai” Singapour.



Homesick (2013 / 1.5 min)
Clip de commande pour réveiller la fibre patriotique, je ne peux pas m'empêcher d'être émue (ceci dit il suffit que j’entende n’importe quel hymne national pour que ça me fasse cet effet !).



Il est difficile de dire quelle voie la carrière d'Anthony Chen va prendre même s'il est sur qu'elle va être boostée par sa Caméra d’Or... En attendant il a des engagements sur les 18 prochains mois pour promouvoir le film à travers le monde, notamment en France où Ilo Ilo sort bientôt. Lui, en tout cas aspire à un parcours à la Ang Lee...  Et c’est tout le mal qu’on peut lui souhaiter :)

T'en veux encore ?

Pour en savoir plus sur le travail de metteur en scene d'Anthony Chen et sur son premier long métrage tu peux lire cette bonne interview d'Anthony Chen sur le site Films de Culte. Pour suivre l’actualité du film tu peux t’abonner à la page Facebook d'Ilo Ilo. Sinon, IRL, tu peux faire un tour à la librairie Books Actually à Tiong Bahru et jeter un oeil à l’exposition dédiée au film (jusqu'au 29 Septembre). 

Pour découvrir une sélection de courts métrages présentés au fil des années pendant le festival Singapore Short Cuts : http://viddsee.com/.


* Le film sort officiellement en salle le 29 Aout mais plusieurs projections ont déjà eu lieu notamment à Great World City (dont une spécialement pour les Foreign Domestic Workers) et une premiere officielle (en association avec une marque de spiritueux francaise que je ne me permettrais pas de citer :) ) en présence de tout l’équipe du film et de nombreux VIP comme le président de Singapour Tony Tan.